DÉCRYPTAGEPlastique et déchets
Le plastique n'est pas seulement une pollution — c'est aussi un problème climatique
Avez-vous déjà essayé de passer une journée entière sans utiliser de plastique ?
Dans de nombreuses villes méditerranéennes — et dans une grande partie du monde — cela relève presque du défi. Au marché, un kilo de tomates est aussitôt glissé dans un sac en plastique. Au café, un jus arrive déjà accompagné d’une paille. Et un simple sandwich à emporter se retrouve souvent enveloppé de plusieurs couches d’emballage.
Ces gestes partent généralement d’une bonne intention : protéger le produit ou rendre service au client. Mais mis bout à bout, ils finissent par représenter une quantité impressionnante de plastique.
Tous les plastiques ne se valent pas. Certains sont durables et conçus pour être utilisés pendant des années. D’autres jouent un rôle essentiel dans des domaines tels que la médecine, la construction ou encore les technologies liées aux énergies renouvelables. Le véritable problème concerne surtout les plastiques conçus pour être utilisés une seule fois — parfois pendant quelques minutes seulement — avant d’être jetés.
On parle alors de plastiques à usage unique, souvent abrégés SUPs (Single-Use Plastics).
Les 5 principaux plastiques à usage unique en Méditerranée
- Sacs en plastique
- Bouteilles d’eau
- Contenants alimentaires
- Pailles, agitateurs
- Emballages de plats à emporter
Dans tout le bassin méditerranéen, certains objets de ce type reviennent sans cesse : sacs en plastique, bouteilles d’eau, contenants alimentaires, pailles, agitateurs ou encore emballages de plats à emporter. Peu coûteux à produire et faciles à distribuer, ils se sont imposés partout, des petits cafés de quartier aux grandes surfaces.
Et pourtant, alors qu’ils ne servent que quelques minutes, ils peuvent persister dans l’environnement pendant des centaines d’années. Mais le plastique n’est pas seulement un problème de pollution : il contribue aussi au changement climatique.
Mais le plastique n'est pas seulement un problème de pollution : il contribue aussi au changement climatique.
Le plastique commence avec les énergies fossiles
La grande majorité des plastiques est fabriquée à partir d’énergies fossiles. Le pétrole et le gaz naturel sont extraits du sous-sol, acheminés vers des raffineries, puis transformés, grâce à des procédés chimiques très énergivores, en petites billes de plastique. Ces granulés sont ensuite fondus et moulés pour produire des bouteilles, des films d’emballage, des contenants alimentaires et une multitude d’objets du quotidien.
Chaque étape de ce processus génère des émissions de gaz à effet de serre. En réalité, près de 90 % de l’impact climatique du plastique se produit lors de sa fabrication, de l’extraction des combustibles fossiles aux procédés industriels.
La production de plastique constitue aujourd’hui l’un des débouchés des énergies fossiles dont la croissance est la plus rapide. À l’échelle mondiale, environ 14 % du pétrole et 8 % du gaz naturel servent à fabriquer des plastiques et des produits pétrochimiques. Au total, les plastiques représentent près de 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre — soit environ deux fois celles du secteur de l’aviation.
Autrement dit, chaque objet en plastique porte déjà une empreinte climatique invisible avant même d’être utilisé.
Et cette empreinte continue de croître. Plus de la moitié de tous les plastiques jamais produits l’ont été depuis l’an 2000, sous l’effet d’une demande mondiale toujours plus forte pour les emballages et les produits jetables.
Autrement dit, chaque objet en plastique porte déjà une empreinte climatique invisible avant même d'être utilisé.
Des déchets jusqu’à la mer
Une fois jeté, le plastique devient beaucoup plus difficile à maîtriser. Idéalement, les déchets devraient être collectés puis recyclés afin de fabriquer de nouveaux matériaux. Dans les faits, seuls environ 9 % des déchets plastiques dans le monde sont recyclés. Le reste est enfoui, incinéré ou finit dans l’environnement.
La mer Méditerranée est particulièrement vulnérable. Bien qu’elle ne représente qu’environ 1 % des eaux océaniques mondiales, elle abrite près de 7 % des microplastiques présents dans les océans, ce qui en fait l’une des mers les plus polluées de la planète.
Chaque année, près de 229 000 tonnes de plastique se déversent dans la Méditerranée, transportées par les rivières, le vent ou des systèmes de gestion des déchets inefficaces.
Dans ce contexte, les plastiques à usage unique jouent un rôle disproportionné. Conçus pour être jetés, ils doivent être remplacés en permanence. Cette logique entretient une production continue de plastique — et donc une demande constante d’énergies fossiles.
Réduire la pollution plastique implique donc d’aller au-delà de la seule gestion des déchets. Le recyclage et les opérations de nettoyage restent nécessaires, mais ils ne peuvent pas suivre le rythme d’une production de plus en plus intensive. C’est pourquoi de nombreux scientifiques et décideurs s’intéressent désormais à la réduction des plastiques à usage unique à la source.
Réduire la pollution plastique implique donc d'aller au-delà de la seule gestion des déchets.
Un changement est en cours
Dans l’ensemble du bassin méditerranéen, cette évolution est déjà engagée. Plusieurs pays ont introduit des restrictions sur les sacs en plastique ou d’autres produits jetables, tandis que d’autres élaborent de nouvelles politiques pour réduire l’usage des plastiques à usage unique. Les progrès restent inégaux, mais la dynamique est bien lancée.

Parallèlement, les habitudes du quotidien évoluent progressivement. Les sacs réutilisables apparaissent de plus en plus sur les marchés. Les bouteilles rechargeables remplacent peu à peu les bouteilles jetables. Et de plus en plus de consommateurs prêtent attention aux emballages — ou choisissent des produits qui n’en ont pas.
Pris isolément, ces gestes peuvent sembler anodins. Mais répétés chaque jour sur des milliers de marchés, dans des cafés et des magasins d’alimentation, ils contribuent peu à peu à réduire la demande de plastiques jetables qui alimentent à la fois la pollution et les émissions liées au climat.
Ces gestes du quotidien rappellent aussi une réalité plus large : la pollution plastique est souvent perçue comme un problème de déchets — des rues jonchées d’ordures, des poubelles débordantes ou des débris flottants en mer. Pourtant, son histoire commence bien plus tôt, avec les combustibles fossiles utilisés pour produire les matériaux qui circulent dans nos économies modernes.
Dans une région comme la Méditerranée, où les paysages, les villes et les littoraux sont étroitement liés, réduire les plastiques à usage unique ne concerne pas seulement la propreté de l’environnement. Cela fait également partie des réponses nécessaires face aux pressions climatiques qui façonnent l’avenir de la région.